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Cette protéine est responsable de l’addiction à la cocaïne

mars 22, 2026

Le trafic de cocaïne en France a augmenté significativement ces dernières années, devenant la drogue qui génère le plus d’argent sur le marché français. À cause de cette hausse, le nombre de visites aux urgences à cause de la cocaïne a triplé entre 2012 et 2023, selon Santé publique France. Malheureusement, il n’existe pas de traitement pharmacologique contre l’addiction à ce psychotrope, notamment car les mécanismes qui l’entraînent restent mal connus. Cependant, des chercheurs de l’université de l’État du Michigan, aux États-Unis, viennent de découvrir une partie du puzzle : une protéine cérébrale sans laquelle la cocaïne ne génère pas de dépendance. Leur étude, publiée le 4 mars 2026 dans la revue Science Advances, ouvre la voie à un potentiel traitement contre l’addiction à la cocaïne.

Une protéine activée par la cocaïne

« L’addiction est une maladie, comme le cancer, déclare Alfred Robinson, auteur de l’étude, dans un communiqué. Nous devons donc trouver des traitements pour aider les personnes avec une addiction de la même façon qu’on le ferait pour le cancer. » Pour chercher ce potentiel traitement, son équipe a étudié de près ce qui se passe dans le cerveau des souris après avoir pris de la cocaïne. Les chercheurs se sont focalisés sur l’hippocampe, structure à la base du cerveau impliquée dans la mémoire émotionnelle et la mémoire spatiale et qui semble nécessaire pour les rechutes après une période d’abstinence, au moins chez la souris.

Dans des études précédentes, cette même équipe avait mis en évidence la protéine DeltaFosB, qui est exprimée dans les neurones de l’hippocampe lorsque les souris prennent de la cocaïne. Résultat qu’ils ont confirmé dans cette nouvelle recherche, montrant aussi que cette protéine s’accumule avec la prise de la drogue. DeltaFosB dépend donc de la cocaïne, mais l’effet de celle-ci dépend de DeltaFosB. En effet, lorsque cette protéine était présente, les souris s’employaient activement à trouver la drogue : dans cette expérience, ces rongeurs étaient placés dans une installation composée de trois pièces, dont une permettant l’accès à de la cocaïne. Les souris habituées à la drogue passaient naturellement plus de temps dans cette chambre que dans les autres. Mais lorsque cette protéine disparaissait (grâce à la destruction ciblée des ARNm qui codent pour DeltaFosB), les souris perdaient cet intérêt et n’avaient plus de préférence pour la chambre associée à la drogue.

DeltaFosB modifie l’activité génétique des neurones

Cette protéine est donc essentielle dans le processus de dépendance à la cocaïne, mais pour quelle raison ? En étudiant les neurones de l’hippocampe, les chercheurs ont observé que les neurones pyramidaux (appelés ainsi à cause de leur forme) étaient moins actifs après la prise de cocaïne. Or, cette baisse d’excitabilité survenait uniquement si la protéine DeltaFosB était exprimée dans ces neurones. Sans cette chute d’activité neuronale (à cause du manque de cette protéine), les souris perdaient leur intérêt pour la chambre avec cocaïne, ce qui arrivait aussi si les chercheurs stimulaient ces neurones artificiellement.

DeltaFosB se révèle donc importante pour réguler l’activité des neurones pyramidaux dans l’hippocampe, et elle fait ceci en modifiant l’activité génétique de ces neurones. En effet, la présence de DeltaFosB, suite à la prise de cocaïne, entraînait une baisse d’expression de 108 gènes et une hausse pour 45 autres gènes.

Des pistes potentielles pour un traitement contre l’addiction à la cocaïne

Un gène en particulier a retenu l’intérêt des chercheurs, celui codant pour la calréticuline. Cette protéine intervient dans le stockage intracellulaire de calcium, qui est nécessaire pour réguler l’excitabilité de ces cellules. Son expression triplait après la prise de cocaïne, mais seulement en présence de DeltaFosB. En regardant de plus près, les chercheurs ont mis en évidence que DeltaFosB interagit directement avec la région où est localisé le promoteur du gène de la calréticuline, c’est-à-dire que DeltaFosB stimule directement l’expression de la calréticuline. En conséquence, cette dernière s’accumule, augmentant le stockage de calcium qui est donc moins relâché pour stimuler les neurones, causant une baisse de leur excitabilité.

Mais si la souris n’est pas capable d’exprimer la calréticuline (soit parce qu’elle n’a plus DeltaFosB, soit parce qu’elle a été modifiée pour ne plus avoir le gène de la calréticuline), elle n’est pas attirée par la chambre avec la cocaïne. Encouragés par cette découverte, Alfred Robinson et son équipe tentent désormais de concevoir des molécules qui puissent cibler directement DeltaFosB, dans le but de bloquer l’effet addictif : « Cela pourrait être un traitement contre l’addiction à la cocaïne, mais on en est encore loin, c’est un but à long terme. »

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