“ Nous cherchons à comprendre pourquoi à capacité auditive similaire, certaines personnes ont des acouphènes et d’autres non. N’y aurait-il pas des différences au niveau cérébral ?« , s’interroge Séverine Samson, chercheuse et professeure en neurosciences cognitives et émotionnelles à l’Institut Pasteur, et qui dirige l’étude GhostTone. Elle ambitionne d’y inclure une centaine de personnes pour débusquer dans leur cerveau les origines des acouphènes.
Humeur, anxiété, attention : les acouphènes sont associés à des perturbations cognitives
Répétitif, systématique et désagréable, le bruit perçu en présence d’acouphènes peut être générateur de souffrance. Mais d’où viennent-ils ? Souvent associée, la perte d’audition a longtemps été considéré comme étant à l’origine du trouble. En réalité, elle en est certes un facteur de risque important quant à leur survenue, mais pas nécessairement de la souffrance ressentie, ont déterminé de récents travaux publiés dans la revue Nature Communications. Co-signés par Séverine Samson, ces travaux se basent sur plus de 400.000 cas répertoriés dans la gigantesque base de données UK Biobank. Cette recherche a permis d’identifier les facteurs de risque de la perception d’un acouphène mais également ceux de la sévérité de l’acouphène. En plus de la perte auditive, les troubles de l’humeur, la qualité du sommeil, et le neuroticisme (tendance à expérimenter des émotions négatives) sont les facteurs de risque de sa sévérité, qui permettent également de prédire l’évolution future de la souffrance associée. Il n’est donc pas surprenant que « les régions cérébrales activées en présence d’acouphènes soient non seulement auditives mais aussi liées à la mémoire, à la gestion de l’humeur et de l’anxiété« , commente Séverine Samson.
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Les patients se plaignent notamment de capacités attentionnelles et cognitives perturbées. « Les personnes avec des acouphènes se plaignent souvent de problèmes à se concentrer, à soutenir leur attention et à détecter des signaux d’alerte« , pointe Séverine Samson. En outre, si la perte auditive peut expliquer d’autres troubles cognitifs, ce sont bien les acouphènes en eux-mêmes qui expliquent les troubles attentionnels. C’est ce qu’a démontré pour la première fois leur projet Audiocog dont les résultats ont été publiés en janvier 2026.
PARTICIPEZ ! Si vous avez entre 18 et 40 ans et êtes soit en parfaite santé (pour constituer le groupe contrôle) soit atteint d’acouphènes sans autre gros trouble auditif, proposez votre candidature à l’adresse ghosttone@pasteur.fr. Le protocole demandera environ trois à quatre heures de présence à l’Institut de l’Audition à Paris, et sera donc indemnisé. Il comprend plusieurs tests, notamment un bilan auditif complet dont les participants auront les résultats.
GhostTone, à la recherche des marqueurs des acouphènes dans le cerveau
De fait, les acouphènes pourraient être liés à des difficultés spécifiques dont on ne connaît pas bien les bases neurobiologiques. « C’est là qu’intervient GhostTone ! » annonce Séverine Samson. Après examen auditif complet, la centaine de participants répondront à des questionnaires et réaliseront des tests tout en enregistrant l’activité cérébrale par électroencéphalogramme, méthode non invasive et sans danger . « Nous essayons d’identifier des marqueurs électrophysiologiques de la présence de l’acouphène, étape indispensable à la compréhension du symptôme acouphène, qui est un trouble subjectif que personne d’autre n’entend. Cette étape est indispensable à l’élaboration de thérapies futures« , explique Séverine Samson.
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Les chercheurs ont plusieurs hypothèses sur les mécanismes cérébraux derrière les acouphènes. Il se pourrait d’abord qu’ils résultent d’une erreur de prédiction du son par le cerveau. « Les personnes acouphéniques pourraient aussi avoir une certaine vulnérabilité qui les rendrait plus sensibles au son qu’ils entendent« , suggère également Séverine Samson. Bourdonnements, son intermittent, sifflement, les chercheurs ambitionnent également d’explorer l’association entre ces différents types d’acouphènes et les profils des patients. Les premiers résultats, qui devraient être communiqués vers la mi-parcours de l’étude dans environ deux ans, promettent d’être intéressants. « C’est tout à fait possible que les acouphènes soient un trouble hétérogène dans lesquels tous ces mécanismes potentiels sont impliqués selon les patients« , anticipe Séverine Samson. Avec à la clé, elle l’espère, des propositions d’options thérapeutiques concrètes.
