“ Pendant des décennies, on testait les molécules susceptibles de devenir des médicaments sur des rongeurs d’un seul sexe, dans notre cas souvent des souris mâles… Les modèles femelles étant plus complexes à appréhender puisqu’il faut prendre en compte le cycle hormonal », éclaire Elisabeth Traiffort, directrice de recherche dans le domaine des neurosciences à l’Inserm. « Aujourd’hui les scientifiques prennent conscience que la variable biologique sexuelle revêt une importance majeure. On n’imaginait pas à quel point les résultats pouvaient être différents entre les mâles et les femelles. » Le constat est d’autant plus fondamental qu’il implique non seulement l’adaptation des traitements, mais aussi la compréhension même des maladies, dont on sait, pour certaines, qu’elles se développent tout à fait différemment en fonction du sexe. « Les données d’études épidémiologiques et cliniques montrent par exemple que les hommes sont plus souvent diagnostiqués avec des troubles neurodéveloppementaux à apparition précoce comme l’autisme, mais aussi avec la maladie de Parkinson par exemple. A l’inverse, la maladie d’Alzheimer touche davantage les femmes », rapporte Alex DeCasien, chercheuse à l’institut américain de la santé mentale, pour Science and Future. Avec son équipe, elle a décidé d’explorer l’incidence de ce facteur biologique.
Les chercheurs ont ainsi analysé l’expression génétique dans plusieurs aires cérébrales aussi bien chez l’humain que chez la souris afin de comprendre comment celle-ci variait en fonction du sexe. Leur étude révèle que plus de 3000 gènes ne s’expriment pas tout à fait de la même façon chez les hommes et chez les femmes. Plus marquant : 133 d’entre eux s’expriment différemment chez les hommes et les femmes quel que soit l’aire cérébrale ou le type de cellule étudié. Et la plupart de ces gènes ne sont pas situés sur les chromosomes sexuels, X et Y… « Cela fournit des indices sur les différences potentielles des organismes en bonne santé, ce qui constitue le fondement nécessaire à la compréhension des états pathologiques », précise Alex DeCasien. Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans la revue Science.

