La part d’adultes présentant du chlordécone détectable dans le sang atteint 81,3% en Guadeloupe et 85,5% en Martinique, selon l’étude Kannari 2, menée auprès de quelque 1.170 adultes en Guadeloupe et 1.150 en Martinique et publiée mercredi 24 juin.
En Guadeloupe, 14,3% des adultes dépassent la valeur toxicologique de référence interne (VTRi), fixée par l’Anses à 0,4 microgramme par litre, un taux qui atteint 18,7% en Martinique. Ce seuil marque le niveau au-dessus duquel « le risque d’apparition d’effets sur la santé au sein de la population ne peut être exclu« , précise SpF.
Lancée en 2024, l’étude Kannari 2 actualise un précédent travail de 2013-2014, qui établissait que plus de neuf Antillais sur dix étaient contaminés. Malgré une « légère amélioration« , l’imprégnation « persiste à un niveau généralisé » chez les habitants des deux territoires, avec toutefois « de fortes disparités“.
Le faible recul de la contamination s’explique notamment par « le fait que certains aliments, même s’ils sont conformes à la mise sur le marché, ne sont pas à zéro chlordécone« , a expliqué à l’AFP Jacques Rosine, délégué régional de SpF pour les Antilles. Le lien entre alimentation et contamination reste fort, selon les conclusions de l’étude. « Les poissons, crustacés et mollusques sont associés à une imprégnation plus importante« , a précisé Marc Ruello, épidémiologiste à l’agence sanitaire.
Le lieu de résidence et l’âge pèsent également. Les habitants des « zones contaminées, terrestres ou marines, présentent des niveaux d’imprégnation moyens deux à trois fois supérieurs » à ceux vivant dans des zones non contaminées, indique l’agence de santé publique dans son étude. Pêcheurs et agriculteurs présentent ainsi les imprégnations les plus élevées, tandis que le niveau de concentration « s’accroît avec l’âge, avec une différence notable entre les moins de 50 ans et les 50 ans ou plus“.
Ces résultats interviennent peu après la confirmation, lundi par la cour d’appel de Paris, du non-lieu dans le volet pénal du scandale, fermant la porte à une réouverture de l’enquête après vingt ans de procédures. Les avocats des parties civiles, qui ont dénoncé un « jour sombre« , ont annoncé un pourvoi devant la Cour de cassation.
600 ans dans les sols
Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, le chlordécone a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993 alors qu’il était interdit dans l’Hexagone dès 1990. Ce pesticide, qui fut répandu massivement dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, y a durablement contaminé plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, les cours d’eau et le milieu marin. Il peut rester dans les sols jusqu’à 600 ans.
Les personnes fortement imprégnées par le pesticide bénéficient de « dispositifs d’accompagnement, notamment avec les diététiciens » et de dosages sanguins réguliers, a souligné M. Rosine, ajoutant que les recommandations sanitaires doivent rester « proches de la vie des gens“.
L’étude Kannari 2 a été présentée dans le cadre d’un colloque scientifique sur le chlordécone, qui s’est ouvert mardi 24 juin à l’université des Antilles en Martinique et se poursuit jusqu’à jeudi. En parallèle, une mission interministérielle « est en cours en Martinique » et se rendra en Guadeloupe afin de « définir les modalités d’une indemnisation » des victimes de cet empoisonnement, a indiqué Anne-Gaëlle Baudouin, la directrice générale des Outre-mer, lors de la conférence de presse d’ouverture du colloque scientifique.
Cette mission intervient dans le cadre de la récente loi Califer, reconnaissant la responsabilité de l’État et donnant un an au gouvernement pour proposer des modalités d’indemnisation.