L’infarctus du myocarde est souvent perçu comme une maladie touchant principalement des hommes en surpoids, fumant, buvant ou stressés par le travail. La réalité est tout autre puisque les maladies cardiovasculaires, et notamment l’infarctus, constituent aujourd’hui la première cause de mortalité féminine, tout âge confondu.
Les études montrent d’ailleurs que les femmes sont plus vulnérables que les hommes à ces pathologies, dans la mesure où 56% en meurent, contre 46% des hommes. Pourtant, d’après la Fondation Cœur & Recherche, 80% des cardiovascular diseases pourraient être évitées grâce à un mode de vie sain et un suivi médical approprié. Dès lors, comment expliquer que cette maladie reste la première cause de mortalité chez les femmes, quand chez les hommes, elle a été dépassée par les cancers ?
Les maladies cardiovasculaires sont dues à une accumulation de cholestérol sur les parois des artères. Ces dépôts forment des plaques appelées plaques d’athérome, durcissant les parois et réduisant le débit sanguin. Parmi les pathologies qui en découlent figurent les angines de poitrine, l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral, l’artérite ou encore l’anévrisme.
Pour rendre compte de ces disparités, l’Académie de Médecine évoque des différences anatomiques : les artères coronaires féminines sont « plus petites et sinueuses » que leurs homologues masculines, pouvant compliquer le traitement et « augmenter le taux de complication ».
Des biais lors de la prise en charge médicale
Mais cette différence biologique ne suffit pas à expliquer cet écart, souligne l’Académie de Médecine. Dans 80% des cas d’infarctus, les femmes souffrent des douleurs thoraciques, le symptôme le plus caractéristique de cette affection. Mais « les femmes prennent plus de temps avant d’appeler les secours », explique le professeur Martine Gilard, cardiologue et membre de la Fondation Cœur & Recherche. « Susceptibles d’avoir ressenti des douleurs importantes lors de leur vie (règles douloureuses, accouchement), elles peuvent minimiser les douleurs thoraciques et donc sous-évaluer ces symptômes ». En parallèle, il a été prouvé que la women's pain est sous-estimée par le corps médical, et ce, que l’interlocuteur soit un homme ou une femme.
La prise en charge est ainsi marquée par ces biais de genre. « Les femmes manquent de représentation dans les études cliniques et dans la recherche en cardiologie en général. Les recommandations thérapeutiques ont donc été établies sur un référentiel essentiellement masculin », poursuit le professeur Gilard. « Les femmes ont ainsi davantage tendance à interrompre leur traitement en raison d’un mauvais dosage de leurs médicaments et d’effets secondaires importants ».
La rééducation cardiaque, étape essentielle pour favoriser la récupération et prévenir les récidives, est également moins suivie par les femmes, qui tendent à faire passer leur propre santé après celle de leurs proches.
« Un retard s’est creusé en termes de prévention »
“ Un retard s’est creusé aussi bien en termes de prise en charge qu’en termes de prévention », signale le docteur Marc Villaceque, cardiologue et membre de la Société Française de Cardiologie. En effet, les facteurs de risque spécifiques aux femmes – puberté précoce, complications liées à la grossesse, contraception, ménopause, violences physiques – demeurent largement méconnus du grand public, alors même que les femmes se révèlent plus sensibles aux facteurs de risque classiques. Le tabagisme en est l’illustration la plus frappante : il augmente le risque d’infarctus de 30 % supplémentaires chez les femmes, par rapport aux hommes.
Facteurs de risque spécifiques aux femmes, pour les maladies cardiovasculaires. Crédits : Fondation Cœur & Recherche
“ Il est primordial de renforcer la prévention à ce sujet. Nous devons informer les professionnels de santé de ces facteurs de risque propres aux femmes, qui ne leur ont pas forcément été enseignés à l’époque de leurs études – la moyenne d’âge des médecins avoisinant les 48 ans », ajoute le docteur Villaceque. « Nous devons également rappeler aux femmes, qu’elles sont toutes concernées et potentiellement à risque, quel que soit leur âge ».
En France, 200 femmes décèdent chaque jour d’une maladie cardiovasculaire, soit six fois plus que d’un cancer du sein. « Nous souhaitons rappeler aux femmes qu’elles sont en droit d’exiger un bilan cardiovasculaire, à toutes les étapes de leur vie », complète le professeur Ariel Cohen, cardiologue et président de la Fondation Cœur & Recherche, à l’occasion de la sortie d’une vidéo de sensibilisation « Tu as vu ta/ton gynéco ! et ta/ton cardio ?" . " Cette démarche doit devenir un réflexe pour les femmes, comme pour les généralistes – à l’image des dépistages de cancer du sein », conclut le professeur Cohen.

