La presbyacousie est une perte auditive liée à l’âge se caractérisant par une diminution progressive de l’audition. Elle représente près de 90% des cas de surdité. Contrairement à l’idée que l’on s’en fait, elle ne résulte pas seulement du déclin des organes auditifs, mais implique également des lésions du cortex auditif.
Depuis une dizaine d’années, de nombreuses études montrent une association étroite entre presbyacousie et déclin cognitif, à tel point que des chercheurs ont prouvé que les seuils d’audition pouvaient servir d’indicateurs prédictifs des déficits des fonctions exécutives (mémorisation, planification, attention). Par ailleurs, d’autres scientifiques ont démontré que la perte auditive constituait le premier facteur de risque modifiable de la démence. Toutefois, les mécanismes physiologiques à l’origine de cette association demeuraient mal compris… jusqu’à récemment.
Atrophie de la matière grise et diminution de l’activité cérébrale
Une étude publiée dans la revue eNeuro a identifié pour la première fois un lien neurobiologique spécifique entre ces deux phénomènes. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs de l’Université de Tiangong et de l’Hôpital de Shandong, en Chine, ont examiné l’audition et la cognition de 110 participants âgés de 50 à 74 ans. Parmi eux, la moitié présentait une presbyacousie, tandis que l’autre moitié était composée de témoins sains.
Pour estimer la perte auditive, les biologistes ont mesuré les seuils d’audiométrie tonale, soit la capacité à percevoir des sons à différentes fréquences et intensités, et les seuils de reconnaissance vocale (la capacité à comprendre des mots prononcés). Puis, pour quantifier les caractéristiques cognitives, ils ont mesuré l’activité cérébrale spontanée par IRM, et le volume de matière grise.
“ Chez les patients presbyacousiques, une atrophie de la matière grise et une diminution de l’activité cérébrale électrique ont été constatées », écrivent les auteurs dans leur publication, avec « des dommages d’autant plus marqués que la perte auditive était sévère ».
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Les régions liées à la mémoire et à la prise de décision particulièrement touchées
Plus précisément, le ratio fonctionnel-structurel, calculé à partir de l’activité cérébrale spontanée et du volume de matière grise, a permis d’évaluer le degré d’intégration de régions cérébrales spécifiques au sein de réseaux fonctionnels. Les résultats ont alors fait apparaître quatre zones particulièrement touchées : deux impliquées dans le traitement des sons et de la parole (le putamen et le gyrus fusiforme) et deux impliquées dans la mémoire et la prise de décision (le précunéus et le gyrus frontal supérieur médian).
Ainsi, selon les auteurs, « l’altération de la structure cognitive et de la connectivité aux réseaux cérébraux fonctionnels dans ces quatre zones expliqueraient les symptômes de déclin. Ces résultats apportent la première preuve neurobiologique directe reliant la perte auditive au déclin cognitif via une réorganisation neuronale coordonnée ».
Zones cérébrales impactées par une réorganisation neuronale. Le ratio fonctionnel-structurel (FSR) est inférieur chez les patients souffrant de presbyacousie, par rapport aux patients sains (NH). Crédits : Xiaojie Li et al., 2026.
Mais comment expliquer que la perte auditive puisse avoir de tels impacts sur le cerveau ? L’hypothèse des scientifiques est celle de « la privation auditive » : lorsque le cerveau cesse de recevoir des signaux sonores clairs, les zones responsables du traitement de ces informations s’atrophient et se déconnectent progressivement du reste des réseaux cérébraux.
L’impact se propage notamment aux zones de mémoire et de prise de décision et finit par affecter l’ensemble des fonctions cognitives. Toutefois, les chercheurs nuancent cette hypothèse. Pour l’heure, « nous ne pouvons exclure que des modifications cérébrales préexistantes contribuent aux altérations observées ».
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Un nouveau biomarqueur du déclin cognitif
Quoi qu’il en soit, Ning Li, co-auteur de l’étude, accueille ces résultats avec enthousiasme. « Le principal enseignement est que la préservation de la santé auditive pourrait protéger l’intégrité cérébrale. Étant donné que les variations du ratio fonctionnel-structurel sont corrélées à la fois à la perte auditive et au déclin cognitif, ce ratio pourrait à terme servir de biomarqueur – un outil permettant aux médecins d’identifier les personnes présentant le risque le plus élevé de démence, simplement en analysant leurs examens cérébraux », a-t-il confié dans un communiqué.
Ces résultats ouvrent également la voie à une meilleure compréhension de la manière dont le déclin sensoriel induit la neurodégénérescence.

