Et si on pouvait atténuer le déclin cognitif lié à l’âge avec un simple spray nasal ? Des chercheurs de l’Université Texas A&M aux États-Unis ont présenté en février 2026 un traitement novateur qui protège la cognition chez des souris vieillissantes. Leur approche, publiée dans le Journal of Extracellular Vesicles, s’attaque à la neuro-inflammation causée par l’âge ou les maladies neurodégénératives. Par ce biais, elle pourrait ralentir la perte de mémoire associée aux démences, rallongeant l’espérance de vie en bonne santé.
Diminuer l’inflammation du cerveau pour protéger la cognition
La neuro-inflammation est caractéristique des maladies neurodégénératives. Elle est causée par un dysfonctionnement des mitochondria (les usines énergétiques des cellules), ce qui entraine une augmentation de la production de stress oxydatif dans le cerveau. Cela déclenche une cascade de signalisation proinflammatoire, avec notamment l’activation d’inflammasomes, des complexes protéiques qui causent l’inflammation.
Une des solutions potentielles contre cet état d’inflammation chronique est de traiter le cerveau avec des cellules souches, qui vont venir « rajeunir » le cerveau artificiellement. Mais ce traitement par cellules souches serait très complexe à réaliser chez l’humain et, pour le moment, ne fonctionne que chez des modèles animaux. L’approche des chercheurs texans contourne ces difficultés en utilisant non pas les cellules souches en entier, mais des molécules produites par celles-ci, plus faciles à introduire dans le cerveau. Ces molécules sont encapsulées dans des vésicules extracellulaires, qui peuvent être administrées simplement par spray nasal, atteignant le cerveau rapidement. « L’administration intranasale nous permet d’atteindre et de traiter le cerveau directement sans besoin d’interventions invasives », résume dans un press release Maheedhar Kodali, un des auteurs de l’étude.
Les molécules du spray nasal améliorent la fonction mitochondriale dans l’hippocampe
Grâce au spray nasal, ces vésicules atteignent presque toutes les régions du cerveau de souris en moins de six heures. Elles y sont absorbées par les neurones et les cellules microgliales, les cellules immunitaires responsables de la neuro-inflammation lorsqu’elles sont suractivées. C’est notamment le cas dans l’hippocampe, structure cérébrale qui joue un rôle central dans la mémoire. Les cellules microgliales dans l’hippocampe réagissaient rapidement au traitement et diminuaient leur suractivation comparée à celles chez les souris non traitées, ce qui réduisait la production de signaux proinflammatoires. Comme conséquence, les inflammasomes étaient moins sollicités, diminuant l’état inflammatoire du cerveau.
Cet effet protecteur est dû à un meilleur fonctionnement des mitochondries : les molécules contenues dans les vésicules augmentaient l’expression de plusieurs gènes nécessaires pour la bonne marche de la chaine respiratoire, complexe protéique responsable de la production d’énergie. Ce traitement avait donc un effet « rajeunissant » pour les mitochondries, qui travaillaient plus efficacement (en produisant davantage d´énergie et moins de stress oxydatif) malgré l’âge avancé des cellules.
Améliorer la fonction mitochondriale protège la mémoire
Et lorsque les mitochondries fonctionnent mieux, les cellules fonctionnent mieux et le cerveau se porte mieux. Ce « rajeunissement » moléculaire entrainait une amélioration de la mémoire des souris âgées de 20 mois (ce qui équivaut à plus de 60 ans chez l’humain). « Ce que nous montrons est que le vieillissement du cerveau peut être inversé, et qu’on peut aider le cerveau à rester vif, s’enthousiasme Ashok Shetty, directeur de l’étude. Notre but n’est pas seulement que l’on puisse vivre plus longtemps, mais que l’on reste intelligent et en bonne santé. » Reste à voir si ce spray nasal fonctionne aussi chez l’humain… ou si seulement les souris en bénéficieront.

