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Essai clinique sauvage : l’affaire Joyeux-Fourtillan

juin 23, 2026

Le procès d’Henri Joyeux et de Jean-Bernard Fourtillan débutera le 25 juin 2026 à Paris. Les deux hommes sont accusés d’avoir mené un essai clinique, présenté comme thérapeutique et mené hors du cadre réglementaire, sur des centaines de personnes atteintes d’Alzheimer ou de Parkinson, entre 2017 et 2019, à Poitiers. Cette affaire remet en lumière une question vieille de près de huit décennies : qui peut expérimenter, sur qui, et à quelles conditions ?

Près de 400 participants pourraient être impliqués, tous ayant eu comme promesse de bénéficier d’un traitement présenté comme miraculeux, des “patchs thérapeutiques”, selon un dispositif qui se situe à l’opposé des règles encadrant la recherche sur l’humain. “La réglementation encadrant les essais cliniques est stricte, explique à Sciences et Avenir le professeur Philippe Damier, chef du service de neurologie au CHU de Nantes et consultant à l’hôpital fondation A de Rothschild. C’est un point très important pour comprendre l’ampleur des condamnations encourues.”

De Nuremberg aux essais cliniques

La rigueur appliquée aux règles des recherches sur l’humain a été acquise après un épisode sombre de l’histoire de l’humanité. Le procès de Nuremberg, qui a eu lieu de novembre 1945 à octobre 1946, avait pour but de juger 21 des principaux dignitaires nazis. Il a également révélé l’ampleur des expérimentations médicales menées sur des prisonniers, sans leur consentement. De ce procès découle le Code de Nuremberg. Les dix principes qu’il contient sont devenus fondateurs pour l’éthique de la recherche médicale. Le premier : le consentement volontaire et éclairé de la personne est indispensable. C’est sur cette base que s’est façonnée l’expérimentation humaine de nos jours.

« Lorsqu’on veut développer un nouveau médicament, la première étape est préclinique : le médicament est testé par exemple sur des cellules puis souvent sur des modèles animaux. Une fois cette étape validée, mais elle peut prendre des dizaines d’années, on peut commencer à étudier les effets chez les humains. Cette évaluation se déroule en quatre phases. La phase 1 pour vérifier la toxicité et mieux comprendre comment le médicament se distribue dans le corps, la phase 2 pour repérer un premier signal d’efficacité, la phase 3 pour confirmer ce signal sur des effectifs plus larges et selon des modalités dites contrôlées c’est-à-dire avec une comparaison à un traitement de référence s’il en existe un ou à un traitement placébo, et la phase 4 pour surveiller de près la molécule une fois mise sur le marché, explique Philippe Damier. Ce processus d’évaluation chez l’humain prend au minimum 10 ans avant qu’un traitement soit disponible et commercialisé s’il a démontré son efficacité pour une sécurité suffisante”.

Aujourd’hui, les essais cliniques sont déclarés et rendus publics. En France, ils doivent être enregistrés et placés sous le contrôle de l’ANSM, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Dans le cas de Jean-Bernard Fourtillan et Henri Joyeux, ce n’était précisément pas le cas : l’ANSM n’avait aucune connaissance que cet essai clinique avait lieu.

Alzheimer et Parkinson, ce que le désespoir nous fait accepter

« Nous n’avons pas aujourd’hui de traitement capable de guérir Alzheimer et Parkinson », rappelle Philippe Damier. Pour Alzheimer, quelques médicaments peuvent apporter un bénéfice modeste sur certains symptômes ou ralentir un peu l’évolution. Pour Parkinson, les traitements disponibles sont symptomatiques : ils compensent le déficit en dopamine provoqué par la dégénérescence des neurones concernés, et améliorent nettement les troubles moteurs, mais toujours sans stopper la progression de la maladie.

Et c’est bien ce désespoir qui pousse les patients à se tourner vers des alternatives douteuses. A ce jour, les réglementations sont certes nécessaires, mais aussi très longues. Selon le LEEM, l’organisation professionnelle représentative des entreprises du médicament opérant en France, on estime qu’il faut tester entre 5.000 et 10.000 molécules pour qu’une seule atteigne finalement le marché en tant que médicament approuvé, ce processus prenant le plus souvent près d’une vingtaine d’années. « Vous avez une maladie incurable et à côté quelqu’un qui vous dit : ‘moi j’ai un traitement magique’, conclut le neurologue, qu’est-ce que vous faites ? Il faut reconnaître que c’est tentant »

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