Couvertures de survie aux fenêtres, climatiseurs mobiles « achetés au supermarché« , ventilateurs : face à la canicule, de nombreux hôpitaux, vétustes et non climatisés, en sont réduits à « la débrouille« , déplorent les professionnels, soulignant le retard pris dans l’adaptation du système de santé au changement climatique. « Cette semaine dans nos hôpitaux, hormis dans les plus modernes, les patients comme les soignants crèvent de chaud, ils sont à l’agonie« , lâche auprès de l’AFP Yann Le Baron, secrétaire national de l’Unsa Santé-Sociaux.
Aucune enquête nationale ne recense le nombre d’établissements de santé climatisés, mais selon les syndicats, une majorité ne l’est pas – sauf dans les services où c’est indispensable : blocs opératoires, réanimation, radiologie, pharmacie, services informatiques – et certains seulement partiellement, avec de fortes disparités entre territoires et services. Le parc immobilier est par ailleurs vieillissant, vétuste à 60%, selon les services statistiques des ministères sociaux (Drees).
« Il y a des hôpitaux parisiens où les couloirs et les chambres sont climatisés, mais pas les salles de soins paramédicaux ou de pause. A Pontoise (Val-d’Oise), j’ai des salles de soins où il fait 34 degrés, c’est irrespirable« , décrit M. Le Baron. « C’est la débrouille : on sort les ventilateurs, quand on arrive à en avoir, on distribue des brumisateurs… Je connais des soignants qui sont allés au supermarché acheter un climatiseur mobile, en se cotisant« , soupire-t-il.
Au service de gériatrie de la Pitié-Salpêtriètre (AP-HP), les couloirs sont climatisés, permettant de rafraîchir les chambres et les personnels, « pour l’instant, ça tient« , assure le chef de service, le Pr Jacques Boddaert, soulignant certains progrès depuis la canicule historique de 2003.
Dans le sud, la surmortalité a été moins forte en 2003, « parce qu’on avait l’habitude » des fortes chaleurs et aujourd’hui, « le drame y est moins intense que chez nos confrères de l’Ouest, en Bretagne, en Aquitaine, malheureusement moins bien équipés« , analyse le Pr Pierre Michelet, coordonnateur de la médecine d’urgence pour Aix-Marseille Université.
Pédiatrie et Samu en surchauffe
Aux urgences, l’absence de clim n’est pas rare, a alerté Mathias Wargon, chef des urgences de l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), sur RTL. Pourtant lors d’un coup de chaleur, « le seul traitement qui marche, c’est se refroidir. Donc si on ne peut pas, ou avec des moyens comme des glaçons devant un ventilateur, c’est une perte de chances« .
« Quand on a des patients fragiles, des femmes enceintes, des bébés, c’est insupportable« , juge aussi Thomas Delomas, chef des urgences de l’hôpital mémorial de Saint-Lô (Manche), qui ne sont « pas climatisées » mais « rafraîchies« , avec des moyens « complètement sous-dimensionnés et inefficaces« .
La pédiatrie est aussi en surchauffe, tout comme la régulation du Samu, où le thermomètre affiche 31 degrés, ajoute ce représentant du syndicat SUDF. Il rapporte « plusieurs malaises d’agents d’entretien« , décrit des « couvertures de survie » pour occulter les fenêtres, un climatiseur mobile en salle d’attente des urgences, dont la fenêtre « reste ouverte » pour le tuyau d’évacuation. Le service sera bientôt « reconstruit mais sans climatisation« , ajoute-t-il, parce que « c’est trop cher » et « qu’il a été considéré que les canicules sont exceptionnelles » dans la Manche.
La Fédération hospitalière de France observe « un vrai retard dans l’adaptation au changement climatique » qui contraint une majorité d’établissements à « la gestion de crise« , souligne son expert Rudy Chouvel. Un plan national d’adaptation, publié en 2025, prévoit un inventaire complet et de « plans de prévention« . Le ministère de la Santé n’a pas répondu mardi sur son état d’avancement.
Environ « 40% des hôpitaux » ont été rénovés depuis 2003 et les plus récents sont « soit rafraichis (soit) climatisés« , a assuré mardi la ministre Stéphanie Rist sur BFMTV. Le gouvernement a promis 6 milliards d’aides à l’investissement d’ici 2036, en plus des 19 milliards déjà prévus par le « Ségur de la Santé ». Pour les projets nouveaux, il réfléchit à « rajouter des mesures » contraignant à climatiser ou adapter au changement climatique, a-t-elle dit.
Jusqu’ici les fonds du Ségur n’ont « pas été particulièrement orientés » vers cela, note M. Chouvel. La FHF plaide pour la création d’un fonds vert dédié. Mais le coût d’une rénovation complète (public et privé mêlés) serait compris entre 27 et 67 milliards d’euros d’ici 2050, selon l’Inspection générale des affaires sociales. Aucune estimation n’existe concernant la climatisation, qui alourdirait en outre la facture d’électricité, dans un secteur étranglé par les déficits.

