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Pourquoi bâille-t-on ?

mars 29, 2026

« Le bâillement au coucher a-t-il la même fonction que celui du réveil ? », nous demande Marc Deforche sur notre page Facebook. C’est notre question de lecteur de la semaine. Merci à toutes et tous pour votre participation.

Pourquoi bâille-t-on ? Universel, observable dès la vie fœtale et partagé par presque tous les vertébrés (à l’exception notable de la girafe), le bâillement demeure… un mystère biologique ! Sa fonction précise échappe encore aux chercheurs, comme nous l’écrivions dans un précédent article de Sciences et Avenir.

Le bâillement, un réflexe ancien et profondément ancré

Le bâillement apparaît très tôt : dès la 12ᵉ semaine de vie in utero, selon des travaux néerlandais publiés en 1982. À ce stade, il est même plus fréquent que chez l’adulte. Ce comportement, remarquablement stéréotypé, se caractérise par une séquence précise : une inspiration lente, un bref arrêt, puis une expiration passive accompagnée d’un étirement généralisé mobilisant plus d’une cinquantaine de muscles : du visage au thorax, parfois jusqu’aux bras lors de la « pandiculation ».

Autrement dit, bâiller ne se résume pas à ouvrir la bouche : c’est une véritable chorégraphie corporelle impliquant le système respiratoire, musculaire et nerveux.

Un régulateur de vigilance ?

Pendant des siècles, une idée simple a dominé : nous bâillerions pour mieux oxygéner notre cerveau. Déjà au XVIIIᵉ siècle, le médecin Johannes de Gorter défendait cette hypothèse. Mais elle a été rigoureusement réfutée en 1987 par le neurobiologiste américain Robert Provine : modifier la quantité d’oxygène ou de dioxyde de carbone dans l’air n’augmente pas la fréquence des bâillements. Le corps ne bâille donc pas pour compenser un manque d’oxygène.

Aujourd’hui, l’hypothèse la plus solide est celle d’un rôle dans la régulation de l’éveil. Le biologiste Andrew Gallup propose que le bâillement serve à stimuler la vigilance, en particulier chez les animaux vivant en groupe. Dans cette perspective, bâiller signalerait un état de fatigue aux autres individus, les incitant à redoubler d’attention face aux dangers. Ce mécanisme expliquerait aussi la fameuse « contagion » du bâillement, décrite dès 1889 par le neurologue Jean-Martin Charcot. Plus qu’un simple réflexe individuel, le bâillement pourrait donc jouer un rôle social, presque comme une alarme collective.

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Un phénomène encore mal localisé dans le cerveau

D’autres chercheurs, comme le médecin français Olivier Walusinski, avancent une idée complémentaire : le bâillement agirait comme un accélérateur de transition entre différents états de vigilance. Il surviendrait lorsque notre attention baisse (par exemple lors de l’endormissement, du réveil ou après un repas) afin de nous « reconnecter » à notre environnement. Cette hypothèse s’appuie sur la présence, dans le liquide cérébral, de molécules dites hypnogènes (favorisant le sommeil). Bâiller pourrait temporairement en diminuer la concentration locale, facilitant ainsi le maintien de l’éveil. Toutefois, ce mécanisme reste à démontrer expérimentalement.

Le paradoxe est frappant : bien que le bâillement implique clairement le cerveau, aucune « zone du bâillement » n’a été identifiée à ce jour. Plusieurs structures sont impliquées (notamment l’hypothalamus, le tronc cérébral et divers neurotransmetteurs comme la dopamine ou l’ocytocine), mais leur coordination exacte reste obscure. Des travaux récents chez le rat ont néanmoins révélé des connexions inédites entre des régions liées aux émotions et au stress, suggérant que le bâillement pourrait aussi être influencé par notre état émotionnel.

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Un geste utile… et parfois révélateur

Le bâillement survient le plus souvent dans des situations banales : fatigue, ennui, transition veille-sommeil. Mais il peut aussi être associé à certaines pathologies (AVC, migraine, épilepsie) ou à la prise de médicaments, notamment certains antidépresseurs. Paradoxalement, il possède aussi des vertus : il favorise la relaxation et la concentration. Des sportifs et artistes l’utilisent volontairement avant une performance pour relâcher les tensions et améliorer leur attention, même si ce n’est pas pour « oxygéner le cerveau », comme on le croit encore souvent.

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