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STOP: un dispositif pour orienter les pédophiles vers des soins

juillet 8, 2026

« Il y a quelque chose qui ne va pas. Je suis trop attaché à cet enfant« , raconte un jeune homme au téléphone. Il vient de composer le numéro du dispositif STOP, dédié aux personnes qui ressentent une attirance sexuelle pour les enfants.

L’appel a abouti à l’hôpital Ville-Évrard, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), où est gérée l’une des lignes de ce service (0 806 23 10 63) national et gratuit d’écoute, d’orientation et de prévention destiné aux personnes attirées sexuellement par les enfants, c’est-à-dire présentant un trouble pédophilique.

« L’idée du numéro STOP est d’intervenir en amont du passage à l’acte« , explique à l’AFP Daniel Pinède, psychiatre à Ville-Évrard. « STOP est là pour aider, on va orienter les appelants vers des professionnels de santé qui vont évaluer la situation et proposer des soins. »

Créé en 2020, le dispositif présent partout en France (avec 35 antennes) est géré par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Il n’y a pas de saisonnalité dans les appels, estime le Dr Pinède, même si, selon lui, « ils sont plus nombreux ces dernières semaines, sans doute en lien avec l’affaire Lyhanna« , cette collégienne de 11 ans disparue fin mai avant d’être retrouvée morte et violée le 4 juin dans le Gers.

Au téléphone, l’infirmière, Géraldine Lenfant poursuit sa conversation avec le jeune homme qui a composé le numéro.

« En souffrance »

Son profil: une vingtaine d’années, très isolé, vivant chez sa mère et qui travaillait encore récemment dans le périscolaire, avant que son contrat ne soit rompu en raison de son comportement.

À l’infirmière, il raconte la « très grande proximité » qu’il entretenait avec certains enfants de primaire, tout en niant avoir eu des gestes inappropriés.

Il est convenu d’un rendez-vous le plus vite possible « pour parler avec lui, évaluer toute la sphère relationnelle y compris sur le terrain de la sexualité, et l’éventuelle consommation de vidéos à caractère pédopornographique« , précise Géraldine Lenfant.

« Les personnes qui appellent sont en souffrance. C’est extrêmement compliqué pour elles d’en parler. La plupart éprouvent de la honte et, si elles appellent ici, c’est souvent parce qu’elles n’ont pas trouvé d’autre espace pour s’exprimer. Parfois, certaines bénéficient déjà d’un suivi psychologique, mais n’osent pas aborder le sujet avec leur thérapeute« , explique l’infirmière, dont une partie du travail consiste à instaurer un climat de confiance et à accueillir la parole sans jugement.

En 2025, le dispositif a reçu plus de 4.500 appels. Parmi les personnes ayant contacté la plateforme, 90 % étaient des hommes, pour un âge moyen de 37 ans.

« Facteur de risque »

Des études internationales citées par les centres d’appel montrent qu’entre 4 % et 13 % de la population présente un trouble pédophilique. La plupart de ces personnes sont toutefois dites « abstinentes » et ne porteront jamais atteinte à un mineur. Car tous les pédophiles ne sont pas des pédocriminels, « il s’agit même d’une toute petite minorité », ajoute le Dr. Pinède.

En revanche, souligne-t-il, « cela reste un facteur de risque« , d’où l’importance d’identifier ces patients et de leur proposer une prise en charge adaptée.

« Le plus stressant, c’est d’être sûr de ne pas passer à côté d’une urgence ou de manquer un signalement« , confie Géraldine Lenfant.

Car si les soignants sont soumis au secret professionnel, certaines circonstances les obligent à le lever. « C’est le cas lorsqu’il y a un danger immédiat, un péril imminent pour un mineur« , explique le Dr Pinède.

« Si un homme nous explique avoir une fixation sur la petite voisine de neuf ans qu’il garde chez lui tous les jours après l’école et que c’est plus fort que lui, qu’il sent qu’il a très envie de la toucher ce soir-là, il y a danger imminent et le procureur de la République est prévenu« , poursuit-il.

En 2025, environ 150 signalements ont été adressés à la justice à la suite d’appels passés au dispositif. En fonction du degré de gravité et d’urgence, le procureur peut ordonner l’intervention des forces de l’ordre ou l’ouverture d’une enquête.

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