« Il ne faut pas chercher la mort, même s’il fait chaud« . A la base nautique de Vaires-sur-Marne, Ibrahim Soumare, agent de sécurité, tente de faire sortir les gens de l’eau, sans succès. La baignade y est interdite mais ils y retournent dès qu’il a le dos tourné, trop heureux de se rafraichir et malgré les noyades qui s’accumulent. « Ils n’écoutent rien !« , se désespère-t-il, démuni, en montrant du doigt des récalcitrants au loin.
Depuis le début de semaine, certains accès au site ont été fermés. Car deux personnes sont déjà mortes noyées depuis vendredi. La Seine-et-Marne, ses fleuves, lacs et cours d’eau, compte un décès par jour depuis le début de la canicule qui fait suffoquer toute la France. Six décès, selon un décompte de l’AFP, et onze depuis le début de saison, sur plus d’une quarantaine en France.
Le lac de Vaires, théâtre en 2024 des épreuves olympiques d’aviron, n’est pas autorisé à la baignade hormis sur l’île de loisirs où la plage est payante. Il n’empêche, familles, couple de lycéens, et bandes de copains, débarquent en maillot de bain et prennent leurs quartiers sous les arbres pour se rafraichir.
Deux lycéens de Chelles se prélassent sur leur serviette. « Si on devait payer, on viendrait pas aussi si souvent« , explique Shanaz, 17 ans. Ils sont venus la veille, les policiers les ont mis en garde et leur ont demandé de sortir, raconte Khaïs, 17 ans. Ils sont retour ce mercredi et « se sont baignés vite fait« .
Quelques dizaines de mètres plus loin, le son sort d’une voiture portes et coffre ouverts, et un groupe de jeunes hommes profitent tranquillement de l’après-midi. Un 4X4 s’arrête. Les agents forestiers de la région leur demandent gentiment de quitter les lieux. « Lundi, il y avait 300 personnes« , explique l’un deux, Fabien Sam, 44 ans, qui rappelle que l’endroit n’est pas surveillé et il n’y a pas d’analyses d’eau. Le lac artificiel a été construit sur une ancienne sablière, la vase le rend dangereux par endroit.
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« Il y a eu un mort hier »
La bande de potes se hâte lentement de remballer. « On vient de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), c’est naturel, ici on est tranquille« , raconte Youssef Jebber, 30 ans, à côté d’une glacière. « On est équipé comme pour aller à la mer !« , rigole-t-il. Issus d’une cité à une quinzaine de minutes, ils viennent régulièrement. « Soit je suis ici, soit je suis en garde à vue !« , plaisante à moitié Nordine Kaddour, 21 ans. Ne sont-ils pas refroidis par toutes ces noyades ? « Les gens ne savent pas nager« , lâche Youssef.
Au café de la base d’aviron, le serveur explique qu’un « hélico vient de repartir de l’autre rive du lac« , signe d’une nouvelle noyade. A 16h25, la police nationale débarque. Et verbalise le premier groupe de baigneurs installés sur la base. « Hier c’était 11 euros, aujourd’hui c’est 150 euros » à cause de l’arrêté d’interdiction pris par le préfet la veille, explique un policiers à un des garçons, penaud.
Celui-ci plaide « pour la prévention« . La réponse claque : « La prévention, on en fait, tout le monde s’en fout, et il y a des morts tous les jours« . Fin de la discussion. La dizaine de policiers repart sur un autre site pour verbaliser. « On fait la guerre, mais à 40 degrés, c’est compliqué« , glisse une policière avant de remonter dans la voiture. « C’est un peu le jeu du chat et de la souris« , explique à l’AFP Patrick Karam, élu de la région Ile-de-France, responsable de la base
La Marne est juste à côté, des familles entières se baignent. Une quarantaine de sites est à surveiller, a précisé la préfecture à l’AFP. Comme à Chelles, sur les bords de Marne. Le cadre est bucolique, l’eau verte est magnifique, et claire au bord. Des collégiens sautent d’un ponton. Deux agents de la ville revissent les panneaux « baignade interdites ». Deux policiers municipaux arrivent au loin. Trois garçons sortent de l’eau. « Mais il vont voir qu’on est mouillés« , s’inquiète Noé. « Là hier il y a un jeune comme vous qui est mort« , lance le policier. Pas d’amende cette fois-ci. Les collégiens ne se re-baigneront pas là aujourd’hui, assurent-ils.