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Un médicament pour se remettre beaucoup plus vite du « jet lag » ?

février 20, 2026

Les vols long-courrier sont un vrai supplice pour le corps. Non seulement à cause des sièges de plus en plus petits des avions. Mais surtout à cause du décalage horaire, qui perturbe notre horloge interne. Celle-ci synchronise la physiologie de notre corps aux rythmes naturels de notre environnement, notamment au cycle jour/nuit. Mais, lorsque ce cycle change brusquement, par exemple, en traversant plusieurs fuseaux horaires en quelques heures, notre organisme est déboussolé. Cela cause de la fatigue et d’autres symptômes fréquents du décalage horaire, qui durent environ autant de jours que d’heures de décalage (donc environ six jours d’adaptation pour six heures de décalage, par exemple).

Et ce décalage est d’autant plus important en voyageant vers l’est, car la journée rétrécit et prend de court nos cycles circadiens. Heureusement, des chercheurs des universités japonaises d’Osaka, Toyohashi, Kanazawa et l’Institut de science de Tokyo semblent avoir trouvé une parade : une molécule qui avance notre horloge interne pour qu’elle se cale plus rapidement sur le nouveau cycle jour/nuit. Leur découverte, présentée le 23 janvier 2026 dans la revue PNAS, pourrait aussi être utile pour les personnes travaillant la nuit, qui peuvent rencontrer des problèmes similaires à ceux liés à un voyage en avion.

Une molécule qui avance l’horloge interne artificiellement

La molécule, nommée Mic-628, agit sur la protéine Period1 (ou Per1), qui est clé dans la régulation des cycles circadiens partout dans le corps. Cette protéine s’exprime particulièrement dans le cerveau, au niveau du noyau suprachiasmatique dans l’hypothalamus, la structure qui gère le sommeil, la température corporelle, la vigilance, et d’autres fonctions cycliques de l’organisme. Son rôle est, en gros, de dire au corps que la journée avance, pour que l’horloge interne avance aussi. Le cycle de Per1 est autorégulé : l’expression de ce gène est activée par la lumière, ce qui entraîne la production de la protéine, mais quand elle commence à s’accumuler, c’est elle-même qui inhibe l’expression du gène, causant une baisse de la production de la protéine. L’expression de ce gène est aussi régulée par la protéine cryptochrome1, qui bloque ce processus.

Or, Mic-628 modifie ce cycle, forçant l’expression de Per1 à deux niveaux. D’abord, elle interagit avec la protéine cryptochrome1, l’empêchant de bloquer l’expression de Per1. De plus, cette intercation entre les deux molécules facilite l’assemblage d’un autre complexe protéique (formé par les protéines Clock et Bmal1) qui renforce l’expression génétique du gène Per1. Mieux encore : l’activation devient plus résistante à l’effet inhibiteur de l’accumulation de la protéine Period1. Elle peut donc s’accumuler davantage, avançant d’autant plus l’horloge interne. Ainsi Mic-628 active Period1, pour que celle-ci fasse croire au corps qu’il y a eu plus d’heures de lumière qu’il y en a eu en réalité, diminuant le décalage horaire causé lorsque la journée rétrécit à cause d’un voyage vers l’est.

Le temps d’adaptation est presque réduit de moitié

Le pouvoir anti-décalage horaire de Mic-628 a été confirmé chez des souris exposées à des changements de leur cycle jour-nuit. Leur cycle de lumière commençait désormais six heures avant l’heure habituelle, causant un décalage horaire qui nécessitait sept jours d’adaptation chez les souris non traitées. Ceci serait équivalent au décalage causé par un voyage en avion du Mexique vers la France. La molécule permettait aux souris de reprendre leurs activités physiques normales en seulement quatre jours, le temps d’adaptation était donc presque réduit de moitié. De quoi se faciliter un peu plus la vie lors d’un vol long-courrier.

Les auteurs espèrent que Mic-628 puisse devenir un « médicament intelligent » pour atténuer les dégâts du décalage horaire, et prévoient des études animales plus approfondies avant de la tester chez l’humain. En revanche, cette astuce fonctionnerait seulement pour avancer l’horloge interne, mais pas pour la retarder. C’est-à-dire qu’elle serait utile uniquement pour les voyages vers l’est, qui raccourcissent la journée, et non vers l’ouest. Pour le retour, mais pas pour l’aller. En même temps, le trajet le plus difficile à gérer, c’est bien celui qui signe… la fin des vacances !

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