Utiliser moins de produits cosmétiques peut réduire rapidement son exposition à certains polluants

April 23, 2026

Utiliser moins de cosmétiques entraîne une baisse massive et rapide de la concentration de certains polluants chimiques et perturbateurs endocriniens (comme le bisphénol A) dans les urines chez l’humain, selon une étude publiée début avril 2026 et rendue publique le 22 avril par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Selon cette étude, publiée dans la revue Environment International par des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Grenoble Alpes (UGA) et du CNRS, la moindre utilisation de produits de soins (shampoings, savons ou maquillage) permet de réduire en quelques jours seulement l’exposition du corps à plusieurs substances chimiques, dont des perturbateurs endocriniens.

Exposées aux produits chimiques des produits d’hygiène

Les chercheurs ont demandé à une centaine d’étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans de réduire durant cinq jours le nombre de produits cosmétiques qu’elles utilisaient. Les étudiantes devaient également remplacer leurs produits d’hygiène habituels — tels que le savon ou le dentifrice — par des produits alternatifs fournis par les chercheurs, sans phénols synthétiques, parabènes, phtalates et éthers de glycol.

Tests urinaires

Les chercheurs ont ensuite comparé les dosages urinaires réalisés avant et après ces cinq jours de restriction. Résultat : près d’un quart d’exposition en moins (-22%) pour le phtalate de monoéthyle, issu de composés utilisés notamment pour fixer les parfums, ou encore « -30% pour le méthylparabène, un conservateur et possible perturbateur endocrinien, selon les autorités européennes« , indique l’Inserm. Les scientifiques ont en outre observé une baisse de 39% de la concentration urinaire de bisphenol A (BPA), classé comme perturbateur endocrinien par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Le bisphénol A est soupçonné d’être lié à de multiples troubles et maladies (cancer du sein, infertilité, etc.).

Pour une réglementation plus stricte

“ Le bisphénol A n’est plus autorisé en France depuis 2005 comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques en raison de son caractère reprotoxique. Sa présence pourrait être liée à des contaminations survenues au cours du processus de fabrication ou via les matériaux d’emballage« , indique l’Inserm dans un communiqué. Ces résultats « pourraient étayer la mise en œuvre d’une réglementation plus stricte visant la composition des produits de soins (par exemple, les éthers de glycol) ou l’ensemble du processus de production et de conditionnement (bisphénol A)« , conclut l’étude.

Un niveau d’exposition en baisse en seulement cinq jours

“ Parmi toutes les sources d’exposition, l’utilisation de produits de soins et de cosmétiques est une source non négligeable, car lorsque l’on agit sur cette source, on arrive à diminuer de façon nette les expositions« , souligne à l’AFP l’une de ses auteures, Claire Philippat, chercheuse à l’Inserm. Pour Nicolas Jovanovic, doctorant à l’Université Grenoble Alpes et premier auteur de l’étude cité par le communiqué de presse de l’Inserm, « ce qui est intéressant, c’est la rapidité avec laquelle on observe ces diminutions, en seulement cinq jours. C’était attendu, du fait de l’élimination rapide de ces substances par nos organismes. C’est encourageant, notamment car ces substances sont suspectées d’avoir des effets sur la reproduction, le système hormonal et le développement ».

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« Au niveau individuel, on peut agir sur nos niveaux d’exposition »

Pour Claire Philippat, le message est « encourageant », car « au niveau individuel, on peut agir sur nos niveaux d’exposition, en tout cas pour les substances que l’on a étudiées ».  Elle ajoute : « Mais on ne peut pas s’appuyer seulement sur le changement de comportement individuel pour modifier ces expositions. Cela sous-entend que la réglementation doit être forte vis-à-vis des substances chimiques dans les produits de soins et cosmétiques« . Selon le communiqué de presse émanant de l’Inserm, les auteurs de l’étude estiment qu’un logo rendu obligatoire par une réglementation indiquant la présence de substances dangereuses dans les cosmétiques serait utile. Sans indications, il « est très difficile pour chacun d’interpréter [les indications sur les] emballages et d’éviter [les produits ] contenant des substances préoccupantes. »

L’étude précise parmi ses conclusions que « si elle était appliquée aux femmes enceintes, la réduction de l’exposition au bisphénol A observée dans la présente étude entraînerait une réduction significative des cas d’asthme et de respiration sifflante, ainsi que la prévention d’une perte moyenne de QI d’un demi-point chez les enfants de ces femmes ».

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Omnibus VI

Cette étude paraît alors que le Parlement européen doit se prononcer fin avril sur un changement de la réglementation européenne sur les cosmétiques dans le cadre des trains de mesure dits omnibus (omnibus VI pour les cosmétiques), des procédures simplifiées For modifier rapidement les textes règlementaires de l’Union européenne. Ce texte, décrié notamment par l’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir, doit donner aux industriels plus de temps pour retirer de la vente des produits contenant des substances classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

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