La ministre de la Santé Stéphanie Rist a déclaré le 20 avril 2026 être « favorable » à l’expérimentation d’une halte soins addictions (HSA) pour les usagers de drogues à Marseille, en débat depuis plusieurs années, à condition que « tous les élus locaux soient d’accord sur un endroit« .
Une haltes soins addictions, qu’est-ce que c’est ?
Les haltes soins addictions ont été pensées dans une logique de santé publique. En France, elles ne sont que deux, moins de 200 dans le monde. Leuur objectif est de réduire les risques de contamination et de dégradation de la santé de personnes en très grande précarité. Elles vivent généralement à la rue, et sont éloignées du système de soins. En fréquentant une HSA, elles ont la possibilité de consommer sous la surveillance d’un personnel médico-social formé aux psychotropes ou plus prosaïquement de prendre un traitement médical dans des conditions d’hygiène normales. L’accueil et l’inscription se font sans conditions. Ces lieux reconstruisent le lien social perdu, et relient de nouveau ces personnes à un parcours de soins si elles en font la demande.
Deux HSA en France : « une amélioration sur la santé des personnes »
« Il y a deux HSA en France, une à Paris, une dans le Grand Est, qui sont en expérimentation et à stade, ça montre une amélioration sur la santé publique (sic) des personnes« , a indiqué Mme Rist, lors d’un déplacement à Marseille et Aix-en-Provence.
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A Paris et à Strasbourg, « il y a des overdoses en nette diminution et moins de seringues ramassées sur la voie publique« , a précisé la ministre tout en ajoutant ne pas être en possession de données concernant l’impact sur l’ordre public. « Les citoyens, qui sont parfois contre ces haltes soins addiction, considèrent que ça va être plus dangereux pour eux, pour le quartier donc il faut que ces expérimentations montrent des résultats, comme ça, nous pourrons rassurer« , a-t-elle poursuivi.
Le nouveau préfet favorable à « un site qui fasse l’unanimité »
A Marseille, « la HSA est une question vraiment importante« , a reconnu Mme Rist. « A titre personnel, je suis favorable à ces HSA quand tous les élus locaux sont d’accord sur un endroit et plutôt à côté d’un établissement de santé« . Les HSA parisienne et strasbourgeoise sont l’une et l’autre riveraine ou installée à l’intérieur de complexe hospitalier.
Contrairement à son prédécesseur, le nouveau préfet des Bouches-du-Rhône Jacques Witkowski n’est pas fermé à l’idée d’un dispositif pour aider les consommateurs de drogues, souvent en situation de grande précarité. Il s’est récemment dit prêt à soutenir une expérimentation « si on (lui) propose un site qui fasse l’unanimité« . « Il faut un consensus global« , a insisté le représentant de l’Etat face à la presse.
Inquiétudes des habitants
Plusieurs associations et collectifs de riverains du centre de Marseille appellent de leurs vœux la création d’une HSA mais le projet divise aussi les habitants des quartiers potentiellement concernés dont certains refusent « une salle de shoot » à leur porte. Le maire de gauche de Marseille, Benoît Payan, s’est dit favorable à l’installation d’une telle structure sans toutefois avoir activement soutenu ce projet durant son premier mandat.
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Les HSA de Paris et Strasbourg ont des effets sanitaires et sociaux concluants
Dans l’attente d’une décision, un bus mobile d’accueil des publics a été relancé. Lancée il y a 40 ans en pleine épidémie de Sida, la politique de réductions des risques (Rdr) en France a mis en place plusieurs dispositifs d’accueil de différents publics, usagers de drogues (Caarud, Csapa). Les Halte Soins Addiction sont aujourd’hui une centaine en Europe, mais seulement deux en France, à Paris et Strasbourg. Leur période d’expérimentation devait s’achever fin décembre mais a été prolongée de deux ans, soit décembre 2027. Commencée il y a une dizaine d’années, cette expérimentation a été évaluée positivement par l’Inserm en 2021, puis par les Hospices civiles de Lyon en 2025, et un rapport par les Inspections générales de l’Administration, et des affaires sociales et de l’administration, rendu public en janvier 2026.
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Ce rapport préconise la création d’autres lieux d’accueil en France « au plus près des lieux de consommation et des nuisances« . Le dispositif « réduit les risques infectieux, les surdoses et les affections somatiques« , « les risques de passage aux urgences et les coûts associés » et enfin il « n’[engendre] pas de délinquance« . A Paris, les riverains ne voulaient pas revenir à la situation d’insécurité d’avant l’ouverture de la HSA, selon les déclarations du chef de service de la halte soins addictions parisienne située dans le quartier de la gare du Nord, Jamel Lazic, qui répondait aux questions de Sciences et Avenir en janvier de cette année.

