Les fêtes de fin d’année sont propices aux excès, notamment en matière d’alcool. Mais cette consommation effrénée n’est pas anodine, puisque qu’un seul épisode de binge drinking pourrait suffire à endommager notre barrière intestinale, d’après une étude publiée dans la revue Alcohol: Clinical and Experimental Research.
Les effets du binge drinking
Le binge drinking, qui peut être traduit par « beuverie ou cuite express », est définie comme un mode de consommation ponctuel, rapide et massif, ayant généralement pour but l’ivresse. Les spécialistes préfèrent le terme d’API, « alcoolisation ponctuelle importante » et le définissent comme la consommation d’environ quatre verres pour les femmes et cinq verres pour les hommes, en deux heures.
Bien que la consommation d’alcool ait diminué chez les jeunes ces dernières années, le binge drinking demeure très présent auprès de cette population. Or, un tel afflux rapide favorise la perte de contrôle, augmente le risque le coma éthylique, et peut induire des déficits de mémorisation et des troubles psychiatriques.
Mais des chercheurs américains se sont penchés sur une autre facette nocive de cette consommation excessive : le phénomène d’ »intestin perméable ». Il s’agit d’une fragilisation de la muqueuse intestinale, due à l’alcool, qui impacte la capacité de filtrage de l’intestin, laissant passer les bactéries et les toxines dans le sang.
« Même de courtes périodes peuvent déclencher une inflammation »
Les chercheurs et gastroentérologues de la Harvard Medical School à Boston (Etats-Unis), ont voulu décrypter les mécanismes de cette perturbation sur les différentes parties de l’intestin. « Nous savons qu’une consommation excessive d’alcool peut perturber l’intestin et exposer le foie à des produits bactériens nocifs, mais étonnamment, on ignorait presque tout de la façon dont l’intestin grêle réagit aux premiers stades », a déclaré le Dr Gyongyi Szabo, co-auteur de l’étude dans un communiqué.
Leurs expériences, réalisées sur des souris, ont montré l’apparition de lésions 3 heures après une exposition intense à l’alcool. Ces lésions, principalement localisées dans la partie supérieure de l’intestin grêle, restaient présentes 24 heures après le dernier épisode de binge drinking. L’architecture de la muqueuse intestinale était également impactée.
Architecture des cellules de la muqueuse intestinale. A gauche : sans consommation d’alcool, à droite : 3 heures après le troisième épisode de binge drinking. Crédits : Scott B. Minchenberg et al., 2025.
En explorant ce mécanisme au niveau cellulaire, les chercheurs se sont aperçus que la consommation intense d’alcool causait une inflammation de l’intestin mobilisant des cellules immunitaires chargées de combattre les pathogènes. Certaines de ces cellules immunitaires, les neutrophiles, libèrent alors des NET (Neutrophil Extracellular Traps), des filets permettant de piéger des micro-organismes pathogènes. Or, ces filets endommagent directement la muqueuse intestinale. Ces lésions créées par les NET facilitent ainsi la pénétration des bactéries, ce qui provoque le phénomène d’intestin perméable.
« Notre étude montre que même de courtes périodes de consommation excessive d’alcool peuvent déclencher une inflammation et affaiblir la barrière intestinale, mettant en évidence une étape précoce potentielle des lésions intestinales et hépatiques liées à l’alcool », explique le Dr Gyongyi Szabo. Les neutrophiles étant moins présents chez les souris que chez les humains, « les réponses observées dans ce modèle pourraient être encore plus prononcés chez l’homme », soulignent les auteurs de de cette étude.
Prévenir ces lésions intestinales
Alors, pour limiter ces lésions intestinales, les chercheurs ont tenté de bloquer les NET à l’aide d’une enzyme capable de les décomposer (ADNase). Ils ont alors observé une diminution du nombre de cellules immunitaires dans la muqueuse intestinale et une réduction des fuites bactériennes. Autrement dit, l’enzyme a empêché la formation de lésions intestinales.
Evidemment une autre méthode, bien plus simple, est préconisée pour limiter ces effets : éviter les épisodes de binge drinking. Comme chaque année, la campagne du Dry January, le mois sans alcool, invite à réduire sa consommation et à se questionner sur ses habitudes. Plus de 4,5 millions de Français ont participé à ce programme en 2025.

