Ebola, Nipah, Covid-19… Les maladies jugées prioritaires par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont presque toutes un point commun : ce sont des zoonoses, des infections transmises de l’animal à l’humain.
La transformation des écosystèmes multiplie les occasions de transmission
Une zoonose est une maladie causée par un virus, une bactérie ou un parasite transmis de l’animal à l’humain. La transmission peut se faire par contact direct, mais aussi via un vecteur comme un moustique ou une tique. Parmi les principaux réservoirs de pathogènes potentiellement dangereux figurent les chauves-souris, mais aussi les primates, les oiseaux, le bétail ou encore les rongeurs, porteurs notamment des hantavirus.
Ces transmissions ne sont pas nouvelles. Les premières grandes zoonoses seraient apparues avec la sédentarisation et la domestication des animaux, lorsque les humains ont commencé à vivre au contact étroit du bétail. Mais aujourd’hui, leur progression inquiète les scientifiques. Environ 60 % des maladies infectieuses connues chez l’humain sont d’origine animale, et près de 75 % des maladies émergentes identifiées ces dernières décennies sont des zoonoses.
Cette accélération s’explique d’abord par la transformation des écosystèmes. La déforestation, l’urbanisation ou l’élevage intensif rapprochent humains, animaux sauvages et animaux d’élevage, multipliant les occasions de transmission. Le changement climatique joue également un rôle en modifiant les aires de répartition de certaines espèces réservoirs et de vecteurs comme le moustique tigre, désormais présent dans de nouveaux territoires. À cela s’ajoute la mondialisation : une maladie apparue dans une région isolée peut désormais traverser la planète en quelques heures grâce aux transports internationaux.
Une préparation encore insuffisante
Malgré les leçons de la pandémie de Covid-19, de nombreux spécialistes estiment que les systèmes de surveillance restent insuffisants. Le retrait des États-Unis de l’OMS en 2025 fragilise notamment certains financements internationaux. Depuis plusieurs années, le concept de « One Health » (« une seule santé ») défend l’idée que la santé humaine, la santé animale et l’état des écosystèmes sont étroitement liés. Mais cette approche peine encore à se traduire concrètement dans les politiques publiques.
Dans un rapport publié le 13 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé animale alerte ainsi sur le sous-financement chronique et dangereux des systèmes de surveillance des maladies animales. Pourtant, la prochaine pandémie pourrait de nouveau être provoquée par une zoonose, probablement un virus respiratoire comme un coronavirus ou une grippe, particulièrement capables de franchir les barrières entre espèces
La véritable question n’est donc plus de savoir si une nouvelle pandémie surviendra, mais surtout si les États seront capables de s’y préparer.
